En Europe, et partout où a lieu l’étalement urbain, l’artificialisation des sols augmente. Elle se traduit par l’imperméabilisation partielle ou totale des sols naturels, agricoles ou forestiers transformés par des opérations d’aménagement. Ce phénomène sert à développer les activités urbaines telles que l’habitat (qui représente 42% des terres artificialisées), les transports, les infrastructures, les commerces, les terrains de sport, les espaces verts artificiels…

Mais cette artificialisation augmente à trop grande vitesse, parfois dans des territoires où les emplois et la population n’évoluent pas proportionnellement. En France on compte entre 20 000 et 30 000 hectares supplémentaires artificialisés tous les ans (Source : Ministère de la Transition écologique). En 2018, les sols artificialisés couvraient plus de 5 millions d’hectares du territoire national, soit 9% de la surface totale des sols, contre 8,4% en 2021 et 7,4% en 2002 (Source : INSEE). La région Ile-de-France est la plus touchée par ce phénomène, avec 21% de son sol artificialisé.

Quelles sont les conséquences de l’artificialisation des sols ?

Les préjudices sur l’environnement sont multiples : perte de la biodiversité due à la transformation des habitats naturels en terrains imperméabilisés, réchauffement climatique et hausse des risques d’inondations causés par un sol artificialisé qui n’absorbe respectivement plus le CO2 ni les eaux de pluie. L’artificialisation provoque alors ruissellements et glissements de terrain.

La qualité de vie des citoyens est également mise à mal avec la perte des territoires agricoles et donc de la production alimentaire pour nous nourrir. De plus, l’entretien nécessaire de cet aménagement entraîne non seulement une hausse des dépenses dédiées mais également des nuisances sonores, de la pollution lumineuse et la pollution de l’air et de l’eau. Enfin, la fracture sociale territoriale se renforce du fait de reléguer certains habitants à l’écart du centre-ville, en périphérie. Cela provoque l’allongement de la distance domicile-travail, générateur de stress et de pollution atmosphérique due à l’usage de la voiture. L’activité économique des petits commerces est directement touchée par la perte d’une clientèle déplacée.

Cette notion est donc devenue un enjeu majeur de débat public et de préoccupations politiques.

Quelle est la stratégie gouvernementale « zéro artificialisation nette » ?

Pour répondre à l’objectif de la Commission Européenne ayant fixé à l’horizon 2050 un arrêt de « toute augmentation nette de la surface de terres occupées », Nicolas Hulot alors Ministre de la Transition écologique et solidaire en France, a présenté le Plan biodiversité en juillet 2018. Il prévoit la lutte contre l’artificialisation des sols avec un objectif de « zéro artificialisation nette » (ZAN) pour réguler cet étalement mais sans échéance, ni mode d’emploi concret à cette période.

Le projet de loi Climat et résilience proposé par la Convention citoyenne pour le climat venait y remédier avec diverses propositions, à commencer par celle de réduire le rythme de l’artificialisation par deux d’ici 2030. Parmi les propositions faites on retient par exemple l’interdiction de l’artificialisation de nouveaux espaces tant que des réhabilitations ou friches commerciales, artisanales ou urbaines sont possibles. Dans le cas contraire, il faut prévoir de « rendre à la nature » l’équivalent des superficies artificialisées. On retient également l’importance de s’assurer d’une gestion durable des forêts, de faciliter les changements d’usage des terrains artificialisés non occupés, d’évaluer le potentiel de réversibilité des bâtiments avant toute démolition… La loi ELAN a notamment inscrit l’objectif de lutte contre l’étalement urbain dans les principes généraux de l’urbanisme, imposés à la fois aux collectivités territoriales et à tout acteur de l’aménagement.

Renaturer, réutiliser, densifier : quelles solutions ?

Renaturer les terres est un moyen d’atteindre cet objectif. Ce processus consiste à déconstruire, dépolluer et désimperméabiliser pour reconstruire différemment. Mais cette action est onéreuse. D’après le Ministère de la Transition écologique, la restauration des 24 000 hectares annuellement artificialisés coûterait au minimum 96 milliards d’euros (sur une hypothèse de 400€ / m²).

Pour limiter ces coûts, freiner l’artificialisation est nécessaire. Par exemple réutiliser des friches, des zones d’activité vacantes, réhabiliter un quartier… sont des opérations de renouvellement urbain réalisables. Encadrer davantage les projets de construction grâce aux documents d’urbanisme tels que les Plans Locaux d’Urbanisme (PLU), les Schémas de Cohérence Territoriale (SCoT) ou encore les Documents d’Orientation et d’Objectif (Doo) est également une mesure à considérer.

Enfin, densifier les projets de construction permet de réduire l’étalement urbain. En encourageant les projets neufs à s’implanter sur des zones déjà artificialisées, cela limite non seulement l’imperméabilisation de nouveaux sols mais également la mise en place de nouvelles structures nécessaires, telles que des routes, pour mener à ces nouvelles installations.

Tour Emblématik, signée Castro Denisoff, livrée en 2019 à Aubervilliers.

@CDA

 

 

Comment les entreprises peuvent prendre en compte cet objectif de préservation de la nature et compenser l’artificialisation inévitable ?

Selon France Stratégie, 42% des terres artificialisées sont liées à la construction d’habitations et à la demande grandissante de logements en France. Aujourd’hui, plusieurs entreprises du secteur immobilier utilisent des leviers pour éviter l’artificialisation des sols. Par exemple, Nexity acteur majeur du développement vise lui aussi des objectifs de zéro artificialisation nette d’ici à 2050.

Pour les atteindre, l’entreprise souhaite tout d’abord favoriser la densification du tissu urbain par rapport à l’étalement urbain, au travers de concepts innovants de « village vertical » comme la Tour Emblématik livrée en 2019 sur laquelle on peut trouver des jardins suspendus. L’entreprise vise aussi le renouvellement urbain à savoir construire sur du foncier existant.

Bien que l’initiative de construire des bâtiments végétalisés, comme les jardins suspendus, favorisent la création d’espaces verts propices à la biodiversité, les sols artificialisés ne peuvent pour autant pas remplacer complètement les vertus des sols naturels, agricoles et forestiers. La vie ne se trouve effectivement pas uniquement à la surface du sol mais également jusqu’à deux mètres sous terre, où l’on retrouve une partie de la biomasse et donc du vivant. Or, sans vie dans le sol, il est impossible de développer celle à sa surface. D’après les mots de Gilles Gallinet, géologue, écologue et directeur d’Hekladonia « Pas de sol vivant, pas de réelle biodiversité ! ».